WhatsApp : 19 milliards ?!

WhatsApp : 19 milliards ?!

Pour ceux qui parlaient de bulle internet, les sommes dont on a entendu parler dernièrement font entrer Internet dans une nouvelle ère. L’offre de 19 milliards par Facebook pour WhatsApp en est la preuve. Analyse de Cédric Deniaud.

ADVERTISEMENT

On ne compte plus en millions mais bien en milliards. Rappelez-vous c’était il y a quelques semaines seulement : Snapchat refusait d’être racheté par Facebook pour 3 milliards de $ et Google rachetait la société Nest, spécialisée dans la domotique connectée pour plus de 3 milliards de $. Tout le monde criait à la bulle, aux délires d’Internet, à la perte de toute considération financière. Les gens se trompaient…

J’entendais les mêmes voix, il y a deux ans, s’exclamer que dépenser 1 milliard pour Instagram était une folie de la part de Facebook ; maintenant tout le monde pense que c’était une super affaire. Même chose avec Youtube racheté par Google pour moins de 2 milliards de $, aujourd’hui personne ne remet en cause ces sommes.

Alors oui, 19 milliards représentent le 2ème plus gros rachat dans l’histoire d’Internet et de l’informatique, après celui de HP pour Compaq (pour 21 milliards de $… mais Compaq c’était 40 milliards de $ de C.A. par an). La société WhatsApp, elle, a la taille d’une petite PME (55 employés), ne possède pas une technologie particulière. Sa force c’est son audience : 450 millions d’inscrits dont 70% d’utilisateurs actifs quotidiennement (c’est ce chiffre qu’il faut retenir).
19 milliards c’est légèrement moins (à quelques centaines de millions près, mais à ce niveau-là, ça ne compte plus), c’est le prix que Facebook aurait pu mettre pour racheter Alstom et CapGemini. Rien que ça !

Non, tout cela n’est pas une bulle et Apple lui aussi va passer à l’attaque en voulant acquérir la société Tesla Motors. Tout se mélange : la technologie Internet est partout et l’ambition des nouveaux géants du Web que sont Google, Amazon, Facebook, mais aussi le japonais Rakuten (qui lui a racheté il y a quelques semaines le service mobile Viber pour 900 millions de $, service qui compte 300 millions d’utilisateurs) et le chinois Tencent (propriétaire entre autres de WeChat, le concurrent n°1 de WhatsApp) est de devenir des leaders économiques mondiaux. Le monde est digital, mobile et connecté et cela touche tous les secteurs, de la presse à l’immobilier, en passant par les transports. Préparer l’avenir, ce n’est pas rester cantonné à son domaine initial (le réseau social pour Facebook, la recherche pour Google, le e-commerce pour Amazon) mais s’appuyer sur ses succès passés et actuels pour étendre son offre digitale. Ces boites ne sont pas résumables à un service mais deviennent des Groupes « Digitalo-industriels » ! Facebook choisit-il la bonne voie en se concentrant, à date, sur le mobile ? Je ne le sais pas, mais en tout cas, personne ne pourra dire que les usages mobiles sont une bulle !

Mais finalement WhatsApp c’est quoi ? C’est tout simplement un service d’envoi de messages qui tend à remplacer le SMS. WhatsApp n’a rien inventé puisque Line, Nimbuzz, WeChat, KakaoTalk, Mxit sont d’autres services qui proposent le même principe et qui eux aussi ont des audiences majeures. WeChat c’est 500 millions d’inscrits, soit plus que WhatsApp et ses 450 millions d’utilisateurs. KakaoTalk que vous ne connaissez pas, et qui a le même principe que WhatsApp, pourrait se faire racheter par le n°1 de telco au Vietnam… pour 5 milliards.

Tout ceci n’est pas une bulle ! Je l’écris et le répète. Si c’était une bulle, Google ne serait pas la deuxième cotation boursière à WallStreet derrière Apple. Si c’était une bulle, Facebook aurait déjà disparu. Ce ne sont pas des firmes qui investissent dans des services auxquels ils ne comprennent rien. C’est la décision de Mark Zuckeberg et on peut estimer que le mec est un peu brillant.

Facebook n’est pas un réseau social. C’est un groupe mobile. Tous les services mobiles qui fonctionnent et qui ont un potentiel intéressent Facebook. Sa prochaine cible sera peut-être même Tinder, l’application mobile de rencontres qui fait fureur et la reprise même du principe de FaceMatch, le premier service que l’étudiant Mark Zuckerberg avait créé à Harvard. Vous êtes le produit : connaître vos messages, vos conversations, vos envies, vos photos, tout ceci est une richesse qui se monétise. 

WhatsApp c’est donc une audience actuelle et future (dans 18 mois le service devrait dépasser le milliard d’utilisateurs) et cela n’a pas de prix comme l’affirme Facebook. WhatsApp c’est un potentiel de diversification également important. WeChat, le concurrent n°1, propose également un service de paiement et se lance comme service bancaire. Ne classons pas les services par rapport à leur situation lors de leur rachat, mais à leur potentiel. Les américains ont toujours raisonné par rapport à une règle : l’audience est la clef. Foursquare l’apprend à ses dépens : le service est incapable de développer son audience et malgré une certaine pertinence, le service n’intéresse pas… hormis American Express et Microsoft.

Google et Facebook ont compris une autre règle : il faut savoir réinventer son modèle très rapidement au risque de disparaître (n’est-ce pas Yahoo et MySpace ?). Je dis souvent « être agile au risque de devenir fragile », soit préparer l’avenir,  multiplier les potentialités et mettre le paquet quand on croit à quelque chose. En tout cas, les fondateurs de WhatsApp deviennent milliardaires et l’un deux, pour la petite histoire, s’était vu refuser sa candidature pour intégrer les équipes de Twitter… et de Facebook.

Cédric DENIAUD
Associé
The Persuaders

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s